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Le Six n’étoiles, l’histoire d’un succès

Décidé par la municipalité, il y a un peu plus d’une décennie, un tout nouveau chantier avait été lancé en coeur de ville. Après plusieurs mois de travaux, le cinéma qui comptabilisait, à l’époque, 3 salles et 450 fauteuils, avait fait ses premières entrées en choisissant une programmation hétéroclite. Dès la première année d’ouverture, 150 000 visiteurs étaient venus découvrir les salles obscures. Seulement deux années plus tard, la barre du demi-million d’entrées était franchie! L’année 2019 avait d’ailleurs été celle de tous les records avec 220 000 places vendues. Dans un rapport du CNC qui faisait état de données statistiques de la fréquentation des salles obscures, le Six N’étoiles s’était positionné en troisième place (grâce à ses entrées) dans un classement qui départageait les cinémas de configuration identique dans l’Hexagone, derrière Toulouse et Paris en première position. En fonction de ces chiffres et malgré le fait que la crise sanitaire avait contraint le monde culturel à l’immobilisme, la municipalité avait fait le pari de la construction d’une quatrième salle de cinéma. En 2023, après trois années de marasme dues à la Covid-19, les entrées ont à nouveau été à la hausse avec 210 000 tickets vendus. En dix ans et une crise sanitaire, le Six N’étoiles a écoulé près de 1,7 million d’entrées.

Un cinéma de proximité tourné vers l’humain

Le cinéma en coeur de ville est une délégation de service public. Cela signifie que les murs appartiennent à la ville, mais que cette dernière laisse la gestion du complexe à un partenaire privé. En 2013, lorsqu’un appel de marché est lancé, c’est la société L’yRE Six N’étoiles qui l’emporte. Les exploitants sont Frédéric Perrot, gestionnaire administratif et technique et Jérôme Quaretti qui s’occupe de la programmation et du personnel. Pour piloter l’enseigne, les deux hommes, responsables de plusieurs établissements en France, installent Noémie Dumas en tant que directrice-animatrice. Rencontre.

 

  • Noémie, qu’est-ce qui selon vous explique le succès du Six N’étoiles ?

« Une combinaison de plusieurs facteurs, je pense. La qualité technique est présente avec des équipements souvent renouvelés afin de rester à la pointe de la technologie (projection laser pour les images, son Atmos pour la quatrième salle), la programmation est riche et variée et nous sommes d’ailleurs labellisés Cinéma d’Art et Essai. Tout au long de l’année, nous assistons à des rencontres professionnelles du monde des salles obscures afin de découvrir des projections en avant-première et ainsi juger si elles pourraient plaire à notre public. Nous réalisons également un travail chaque semaine auprès de nos partenaires : programmateurs et diffuseurs pour obtenir des autorisations mais également la présence d’équipes de cinéma. Nous avons à coeur de garder l’idée que le cinéma est vivant et qu’il doit être un lieu d’échanges et de rencontres. »

 

  • Est-ce pour cette raison qu’il y a notamment des événements toutes les semaines ?

« Oui, c’est notre souhait. Que ce soit avec des acteurs ou des réalisateurs afin de permettre aux spectateurs de plonger de l’autre côté de l’écran et d’y découvrir le processus de création, mais aussi avec des associations qui proposent parfois une autre vision du cinéma. Je pense notamment à Lumières du Sud, Léo Lagrange, le Collectif Migrant 83(…) Le cinéma est un fabuleux matériau pour comprendre le monde qui nous entoure et certains intervenants ont à coeur de proposer un autre regard sur nos civilisations. »

 

  • Puisque vous parlez d’enseignement, vous recevez aussi des scolaires, me semble-t-il ? 

« C’est exact, cela se passe généralement le matin, lorsque les portes sont closes pour le public. Des établissements scolaires viennent de tout le bassin. Depuis plus de 30 ans, le Centre National du Cinéma (CNC) mène une politique d’éducation à l’image auprès des jeunes et nous y adhérons. “École et Cinéma”, “Collège et cinéma”, “Lycéens et Apprentis au Cinéma” sont autant de dispositifs mis en place. Les élèves viennent découvrir des films en fonction de leurs programmes scolaires et viennent ainsi vivre une expérience artistique et collective dans le cadre d’un projet de classe. Le cinéma est une fenêtre sur le monde, les projets sont multiples. Dernièrement, des lycéens sont venus, par exemple, découvrir le film Napoléon de Ridley Scott, avec leur professeur d’Histoire afin de comprendre ce qu’est une adaptation cinématographique. »

 

  • Qu’est-ce qu’on peut souhaiter au Six N’étoiles pour la nouvelle année ?

« Toujours plus d’émotions devant les écrans, de partage et de rencontres dans les salles. L’humain est véritablement au coeur de notre ADN. Et je tiens à saluer l’ensemble de l’équipe du Sixn’étoiles. Paul, Romain, Sacha et tous les agents qui ont accueilli depuis 10 ans les spectateurs. »

 

Bienvenue au siècle dernier !

Afin de célébrer ses dix années d’existence, le Six N’étoiles a décidé de jouer la carte de la nostalgie ! Lors d’une soirée pleine de poésie, le compositeur et pianiste Sébastien Arcos est venu interpréter en direct au piano, face à l’écran, la bandeson du film « The Kid Brother » sorti en 1927. Cette performance qu’il a imaginée pour le Festival International des Musiques d’Écran en novembre dernier, a été rejouée ce soir-là devant un public conquis. Si l’artiste a laissé courir ses doigts sur les touches noires et blanches du piano pendant plus de 80 minutes sans pouvoir se permettre la moindre lenteur, il a expliqué que la prouesse se réalisait avec beaucoup de concentration et quelques indices visuels. « Je sélectionne des repères sur l’écran. Lorsqu’un personnage cligne des yeux, qu’il lève le bras, ou qu’un autre geste arrive, je sais que je dois passer telle note dans l’instant. Le film est inscrit plan par plan dans mon esprit. Rien n’est laissé au hasard. » En préambule, les enfants du Conservatoire de la ville ont offert un petit concert aux spectateurs. À la sortie de la projection, les classes cinéma du collège de la Cordeille d’Ollioules proposaient un encas. Tous les bénéfices récoltés lors de cette soirée à vocation caritative sont venus grossir la cagnotte du Téléthon de la ville.