Il est 9 heures, ce mardi de septembre, et l’été s’attarde encore sur Six-Fours. Le ciel est d’un bleu éclatant, la mer d’huile, et le parfum salin se mêle aux effluves de pin. Devant l’Office de tourisme, face à la plage de Bonnegrâce, les membres du jury régional sont accueillis autour d’un café fumant. La délégation, composée pour moitié de bénévoles passionnés et pour l’autre moitié d’experts du Comité régional de tourisme, est venue apprécier l’évolution de la ville au regard des critères du label, dont Six-Fours est fière de détenir trois fleurs depuis 2006.
Les sourires s’échangent, les regards glissent sur le sable, et le Pavillon bleu flotte fièrement au-dessus des vagues : l’exigence environnementale ici n’est pas un slogan, mais une réalité tangible. La photo officielle, prise sous les palmiers, scelle le début d’une visite qui met en scène la volonté de Six-Fours de préserver et sublimer son cadre naturel.
Villa des Nuraghes élargir, embellir, partager
Tout près de là, le chantier de la Villa des Nuraghes attire l’attention. Jadis destiné aux seules associations, l’équipement sera bientôt livré, agrandi, repensé, enrichi d’un parc attenant, et mis à la disposition des habitants. Une architecture plus intégrée, une offre plus large, une respiration nouvelle : ici, l’espace public se fait patrimoine commun et partagé.
Square des Bains & avenue de la Mer, la ville apaisée et résiliente
Le bus démarre et longe la plage de Bonnegrâce. Sous le soleil matinal, le jury découvre un chantier au Square des Bains qui dit beaucoup de la philosophie municipale : une reconquête à la fois technique et poétique. Là où l’eau menaçait, la Ville dessine un sol plus perméable, des circulations réorganisées, une respiration verte qui prépare l’avenir. Entre minéral et végétal, l’équilibre se cherche, toujours au service du bien-être des usagers et de la biodiversité retrouvée. Ce n’est pas qu’un espace réaménagé, c’est un morceau de ville rendu plus juste et plus vivant.
Le cortège emprunte ensuite l’avenue de la Mer puis la Corniche du Cros, vitrines d’une politique de mobilité douce. Ici, l’automobile n’est plus maîtresse absolue : la vitesse est réduite, les stationnements ont été redistribués, les trottoirs vont être élargis, des promenades en bois ne vont pas tarder à s’offrir aux promeneurs, et les vélos et piétons circulent sur une voie partagée dédiée. En toile de fond, ce sont 37 km de pistes cyclables qui dessinent un maillage complet, renforcé en 2025 par quatre stations de location de vélos électriques neufs, accessibles à tous. La ville n’oppose pas, elle compose : apaiser la circulation, encourager la fluidité, offrir une alternative durable.
La Maison du Cygne entre art et botanique
L’arrivée au Jardin remarquable de la Maison du Cygne marque le premier temps fort de la visite. Les allées ombragées, le parfum des pins et des lavandes, le craquement discret des gravillons sous les pas, tout invite à ralentir et à contempler. La bâtisse, ancienne maison de direction de la tuilerie Romain Boyer, en pierres de taille et briques vernissées, accueille aujourd’hui un centre d’art municipal. Les jardins, labellisés « remarquables » depuis 2017, s’étendent sur plus d’un hectare. Chaque massif est pensé pour résister au climat méditerranéen, chaque goutte d’eau est maîtrisée grâce à un dispositif de récupération des eaux issues des puits et forages, un système qui a valu à la ville un prix national en 2024.
Sculptures et installations contemporaines ponctuent la promenade, offrant un dialogue permanent entre nature et culture. Gratuit et ouvert toute l’année, le jardin est un poumon vert, une tête pensante et un cœur battant : une illustration parfaite de la beauté commune offerte à tous. Des jardins à la française puis un théâtre naturel autour d’un pin parasol plus que centenaire (140 ans) précieusement conservé et même un labyrinthe et des animaux de brique et de broc…
D’un bout à l’autre des jardins, la contemplation botanique s’ouvre à la culture contemporaine : sculptures, expositions, performances. Poumon vert, mais aussi tête pensante et cœur battant, gratuit et ouvert toute l’année. C’est l’illustration parfaite de ce que veut dire « rendre la beauté commune ».
Parc Méditerranée, continuité et horizon
À pied, la délégation s’aventure dans le bois de la Coudoulière en empruntant le chemin de la Coudoulière totalement rénové en 2018. Sous les pins et les chênes verts, les pas s’enfoncent dans un tapis d’aiguilles, les odeurs de résine se mêlent aux effluves marines. Un lac offre même le spectacle inattendu de canards et cygnes entourés de pampas et d’une végétation dense. Le chemin débouche sur le Parc Méditerranée, vaste balcon naturel ouvert sur la mer. Parcourir ce parc c’est découvrir les sites remarquables du grand paysage : le cap Sicié, la lagon du Brusc, l’archipel des Embiez avec les îles du Petit et du Grand Gaou, celles du Rouveau, même au loin vers l’ouest le parc national des Calanques !
Le parc conjugue détente, loisirs et pédagogie : pelouses ondulantes, belvédères, aires de jeux, cascade en pierre volcanique, bassin et ombrières qui rappellent Monet. Tout est gratuit et accessible, pour les familles comme pour les promeneurs solitaires. La municipalité y a conçu un parcours où la nature, l’observation, le jeu et l’apprentissage se mêlent : une expérience immersive qui fait du Parc Méditerranée un site emblématique et incontournable de la ville.
Condorcet et écoles, repenser la ville au quotidien
De retour en centre-ville, le jury découvre un autre visage de la politique municipale : celle qui s’exerce dans les lieux du quotidien. Le quartier Condorcet se réinvente : un futur square, une bibliothèque avec son jardin de lecture, la préservation du hameau Fabre, de nouvelles écoles et un city stade. Partout, le même parti pris : désimperméabiliser, planter, rafraîchir. Les cours d’école deviennent des refuges climatiques, les places publiques des espaces de rencontre, les matériaux sont choisis pour durer. Ce n’est pas seulement bâtir, c’est réparer et préparer.
Villa Simone un poumon, une tête, un cœur
Dernière étape, la Villa Simone. Un hectare de verdure en plein centre, sauvé là encore des promoteurs pour être offert aux habitants. C’est un parc, mais aussi une scène, un lieu de solidarité. Sur place, une séance de Yoga en plein air vient de débuter… Alors que quelques visiteurs commentent l’exposition prêtée par le Festival de Ramatuelle.
Les pins bruissent au vent, les pelouses accueillent pique-niques et flâneurs, les sentiers serpentent entre espaces de yoga, expositions et spectacles gratuits. Un potager pédagogique et solidaire invite à la découverte et au partage. Dans un jardin zen circulaire de bambous, la méditation se mêle à la vie quotidienne. Ici, la nature devient matrice d’un vivre-ensemble généreux : un poumon, une tête et un cœur pour la ville. La Villa Simone devient le point d’orgue de la visite, révélant l’esprit de Six-Fours : offrir à tous des espaces de respiration, de culture et de solidarité.
Une conviction gravée, dans la pierre et la terre
En novembre, le jury dira si Six-Fours conserve sa troisième fleur. Mais au-delà de la distinction, c’est un cap clair qui a été donné à voir : celui d’une municipalité qui choisit, à chaque fois qu’un terrain se libère, de le rendre aux habitants plutôt qu’aux promoteurs. Celui d’une ville qui investit pour embellir, protéger, transmettre. Une ville où il fait bon vivre, grandir, vieillir, s’épanouir en culture et en solidarité, dans un avenir partagé entre toutes les générations.




